Cette semaine, c’est Andry qui m’écrit pour me demander des conseils pour rendre son allemand oral plus fluide et plus naturel.courrier des lecteurs
 
Salut,
Après avoir discuté avec quelques étrangers, notamment des arabes et des chinois qui parlaient un français, sinon impeccable, du moins avec un niveau plus qu’honorable au bout d’un an, je me suis rendu compte que l’apprentissage des langues me fascinait.

De fait, je me renseigne un peu sur le net, et je tombe sur ton site que je trouve très intéressant (j’en profite pour passer la brosse à reluire !)

Actuellement, je tente d’apprendre le malgache – je suis originaire de Madagascar – avec la méthode Assimil, mais je dois avouer qu’au bout de 2 mois, la phase active est assez poussive et, parfois je maudis mon cerveau d’être aussi engourdi, et de fait je me sens un peu bête par rapport à vous tous qui parlez plusieurs langues. Enfin bon.

Ayant donc lu ton blog, j’ai vu que tu avais étudié l’Allemand et que tu avais à l’époque le même problème que j’ai actuellement à savoir : très bonne compréhension, mais 3 décennies et demie à construire une phrase. Pour ma part, j’ai étudié l’Allemand en LV2 pendant 7 ans ( lycée + études supérieures ), puis j’ai pris un cours collectif, mais rien n’y fait, la construction des phrases est toujours aussi laborieuse, ie à base de « attend, bouge pas, quelle est la fonction du complément dans la phrase COD ? COI ? quel genre ?, quel nombre, tiens, il sert à quoi ce dabei au milieu « , sans parler des verbes en fin de relative : la phrase est si longue que, le temps de l’achever, j’ai oublié ce que je voulais dire ( non, on ne se moque pas, c’est véridique ).

Et pourtant, je suis capable de lire un roman contemporain allemand relativement sans problème, c’est dire que mon cas est désespéré ! Je pense que j’intellectualise trop les déclinaisons : les natifs doivent les utiliser spontanément car sinon « ça sonnerait faux ».

Tout ça pour te demander conseil : as tu eu des méthodes qui t’ont semblé plus efficaces que d’autres ? J’imagine que ton séjour en Allemagne favorise grandement les choses !
Si tu as un peu de temps pour éclairer mes lanternes, je suis preneur !
Je te remercie !

 
Salut Andry,

Pour commencer merci pour les compliments, ça me motive pour continuer à écrire régulièrement! Je ne peux pas trop me prononcer sur l’édition malgache mais en général Assimil propose un contenu de bonne facture. En revanche là où ça pêche, c’est sur les consignes d’utilisation que donne Assimil.

Je te rassure, ton cerveau n’est pas engourdi et il n’y a vraiment pas de quoi se sentir bête. Pour être à l’aise dans une langue il faut tout simplement l’utiliser de manière active le plus rapidement possible. Pour moi la phase active d’Assimil doit commencer dès la première phrase du premier dialogue. C’est d’ailleurs comme ça que Luca a procédé pour ses 10 langues.

Je pense que le plus simple serait de reprendre ton bouquin Assimil au tout premier dialogue en adoptant cette approche active. Lis et écoute le dialogue un certain nombre de fois (comme d’habitude) mais cette fois-ci au lieu de passer simplement à la leçon suivante, prends le temps de faire des flash cards (avec Anki par exemple) dans le sens français->malgache.

Cela va te permettre d’apprendre facilement des phrases et de les réviser en plus pile au bon moment. Dans 2-3 mois tu connaitras par coeur des dizaines (voire des centaines) de phrases qui constitueront un stock que tu vas pouvoir réutiliser tel quel ou simplement en remplaçant certains mots. L’avantage c’est que tu n’auras plus du tout à penser à la grammaire puisque ces phrases vont t’en donner une compréhension intuitive (comme chez les enfants).

Pour ce qui est de l’allemand, crois-moi, j’ai vécu exactement la même chose, mot pour mot. C’est sur que partir vivre sur place m’a permis de faire un bond en termes de progression mais en fait le déclic, je l’ai eu quelques mois avant de partir.

Je suis tombé sur un forum anglophone où les mecs expliquaient qu’il fallait se parler quotidiennement tout seul sous la douche. Ça m’a paru saugrenu mais je l’ai fait. J’ai aussi ressorti un bouquin de prépa intitulé le thème allemand grammatical et me suis entrainé tous les jours à traduire du français vers l’allemand (à voix haute ou dans ma tête), si bien que j’ai passé l’entretien d’embauche pour mon stage directement en allemand.

Quand tu dis que tu intellectualises trop tu as tout as fait raison. En fait tu as toute cette connaissance théorique et c’est ça qui te bloque. Tu es un peu comme Néo dans Matrix, tu ne peux plus ne plus voir la matrice. Les allemands eux n’en sont même pas conscients, ils ont ce qu’ils appellent un « Sprachgefühl ». Un peu comme nous utilisons le subjonctif après « il faut que » sans y penser.

Pour commencer je te conseillerais:
- de te prendre Assimil en allemand et d’appliquer les mêmes conseils que pour le malgache. Apprendre des phrases va te permettre de mettre le cerveau sur off, tu n’auras plus besoin de penser aux cas
- de t’inscrire sur Sharedtalk pour parler allemand avec de vrais allemands
- de lire de temps en temps de manière « active », c’est à dire en faisant attention aux structures pour encore mieux t’en imprégner
- de bosser un peu tous les jours ;)

En plus je pense que tu es bien meilleur que tu ne le crois, il faut juste apprendre à lâcher prise. C’est un peu comme la première fois que j’ai essayé de taper au clavier sans regarder les touches. 9 fois sur 10 c’était la bonne lettre qui sortait, je n’en croyais pas mes yeux en regardant l’écran!

Essaye simplement de parler sans y réfléchir, à l’instinct. Parfois ça sera faux, mais comme tu connais les règles, tu vas te corriger tout seul dans ta tête et ton cerveau enregistrera la modification pour la prochaine fois ;)

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