C’est une croyance populaire assez répandue et pour dire la vérité, j’y ai longtemps cru moi-même. Qui n’a jamais entendu ce genre de phrase « les enfants apprennent comme des éponges »?

L’apprentissage des enfants est ce qu’on pourrait qualifier de naturel, sans efforts. La preuve, tout enfant est capable de s’exprimer dans sa langue maternelle alors qu’il n’a jamais ouvert un livre de grammaire ou appris une liste de vocabulaire.

Et toi forcément, dans le cadre de ton apprentissage d’une langue étrangère, ça te fait sacrément envie. Ca fait même tellement envie aux gens qu’une boite en a fait son argument de vente : Apprenez comme un enfant avec Rosetta Stone !

On entretient donc comme ça une espèce d’idée d’un âge d’or de l’apprentissage chez l’enfant, d’un Eden d’où l’on serait chassé passé 7 ou 8 ans pour n’être plus capable d’apprendre que dans l’effort et la souffrance. Ce n’est pas qu’une croyance populaire, c’est surtout une croyance limitante. Ça conduit les adultes à penser qu’ils sont trop vieux pour apprendre à bien parler une langue étrangère.

Je vais te prouver par a+b que tu es capable de faire tout aussi bien, si pas mieux, qu’un morveux bambin. Réfléchis bien aux conditions d’apprentissage et aux moyens mis en oeuvre. Les enfants bénéficient :

  • De deux profs particuliers, motivés par quelque chose de bien plus puissant que n’importe quelle rémunération : la perspective que leur gamin réussisse dans la vie (et accessoirement celle de rendre jaloux les autres parents).
  • D’un bain linguistique permanent : Même en ne comptant pas la première année de sa vie, un enfant de 5 ans a environ 20000 heures d’immersion derrière lui.

La vraie question qu’il faut se poser, c’est celle de l’efficacité et des résultats. La vérité c’est que si je voulais te vendre une méthode « achetez Enfants Langues et apprenez une nouvelle langue sans livres de grammaire et sans efforts en moins de 55 ans » tu ne l’achèterais pas. Ah ben ouais, à raison d’une heure par jour, tu en as pour en gros 20000/365= 55 ans pour atteindre le niveau d’un enfant de 5 ans. Ça fait rêver, hein ?

Bon, je m’arrête 5 minutes dans ce procès à charge de l’enfance, pour lui reconnaître deux, trois avantages :

  • Tu t’en rappelles, je t’en parlais dans mon article sur la difficulté des langues, le cerveau de l’enfant est vierge. Il est potentiellement programmé pour apprendre n’importe quelle langue, c’est à dire que contrairement à toi, il n’a pas d’habitudes à perdre.
  • Les enfants n’ont rien contre le contenu simplifié : je ne sais pas si tu as déjà maté Dora l’exploratrice mais à moins d’avoir un coup dans le nez, ça devient assez rapidement soûlant. Toi ça te frustre de ne pas pouvoir tout faire comme un adulte dans ta langue cible : regarder les infos, lire des livres intéressants, etc.
  • Les enfants n’ont rien contre le contenu répétitif : je me rappelle avoir lu à mon petit frère le bouquin Bon appétit, Monsieur Lapin (15 pages = 15 phrases) un nombre incalculable de fois et même s’il le connaissait par coeur (littéralement), il en redemandait. Toi tu n’aimes pas pas ça, alors que la répétition est une clé de l’apprentissage.
  • Les enfants n’ont pas de pression, pas de notes, rien. On attend pas d’eux qu’ils soient capables de mener une conversation complexe. Ça rend les choses un peu plus détendues.

Bonne nouvelle tu peux compenser ça ! Voyons comment :

  • Tu peux retransformer ton cerveau de français en cerveau international. On peut faire un parallèle entre la capacité du cerveau à s’adapter aux structures d’une nouvelle langue et la souplesse. Enfant tu pouvais sans problèmes toucher ton oreille avec ton pied, mais avec le temps c’est devenu un peu plus compliqué. C’est loin d’être irréversible, il suffit de faire des étirements régulièrement pour constater des progrès rapides. La pratique d’une langue étrangère aura le même effet sur ton cerveau que le stretching sur tes ligaments. Plus tu seras régulier, plus les progrès seront spectaculaires. Tu finiras par utiliser ces structures « bizarres »comme tu respires, c’est à dire naturellement, sans y penser
  • Il existe des bouquins spécialement fait pour toi, qui prennent des textes originaux et te prennent par la main en les décortiquant sans les édulcorer. Tu peux laisser les histoires de lapins aux gamins. A moins que tu aimes ça, je ne t’oblige à rien.
  • Pour ce qui est de la nécessité des répétitions, on va surtout concentrer l’effort sur les flashcards pour faire exploser ton vocabulaire. Pour le reste, n’hésite diversifier pour t’éviter l’ennui (même si ça ne fait pas de mal de relire de temps en temps un article ou une nouvelle quelques mois plus tard pour vérifier ce qu’il t’en reste)
  • Comme tu es qu’étranger, les natifs n’ont attente spéciale vis-à-vis de toi. Même si tu te trouves très mauvais (parfois à juste titre), le peu que tu sais suscitera toujours le respect, voire des cris d’étonnement quand les gens sont persuadés que leur langue est impossible à apprendre (japonais, finlandais, etc). La seule exception notoire est l’anglais, langue de communication internationale de facto

Maintenant passons à ce que tu as que les enfants n’ont pas :

  • Tu possèdes une capacité d’attention et de concentration accrue (que tu peux encore renforcer avec la méthode des pomodoros évoquée à la fin de cet article)
  • Tu sais déja lire et tu as accès au net, donc tu as théoriquement accès à des ressources illimitées dans ta langue cible
  • Je te donne accès à des outils que peu de gens connaissent
  • Tu es capable de te motiver pour atteindre ton but plus rapidement
  • Tu peux t’organiser de manière autonome pour devenir efficace
  • Tu tiens plus longtemps éveillé
  • Tu connais déjà tous les mots de ta langue, un enfant qui apprend le mot « magnanime » doit apprendre le mot ET comprendre son sens.

Alors qui c’est le plus fort ?

crédit photo : © Rachel Frank/Corbis

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Idée reçue #1 : les enfants ont un don pour les langues, 5.0 out of 10 based on 1 rating