Melody du blog Istanbulle Bonjour à tous!

Aujourd’hui j’accueille Melody sur Astuces Langues. Dans cet interview, vous allez-y découvrir son pari fou de partir s’installer en Turquie, les langues qu’elle parle, comment elle les a apprises et ce qu’elle fait pour les entretenir!

Vous trouverez un résumé des points-clés en toute fin d’interview ;)

C’est parti!

Solal: Bonsoir Melody, je suis ravi de te recevoir sur astuces langues, tu peux te présenter un peu pour les lecteurs du blog?

Melody: Je suis ravie d’être ton invitée! Je suis Belge, j’ai 29 ans et je suis journaliste freelance. En 2009, j’ai quitté mon pays pour m’installer en Turquie, à Istanbul. Je suis partie seule, à l’aventure.

S: Précisons pour les lecteurs que tu tiens d’ailleurs un blog pour parler de cette aventure.

M: Oui, j’ai vécu tellement d’histoire drôles et rocambolesques depuis mon arrivée que j’ai eu envie de les partager sur un blog, www.istanbulle.com, avant de les publier un jour sur papier.

S: D’ailleurs je le suis régulièrement et je conseille vivement aux lecteurs d’aller y faire un tour. C’est bourré d’anecdotes drôles et ça apporte un regard sur la Turquie qu’on ne connaît pas forcément. Comment as-tu préparé ta venue à Istanbul? J’imagine que tu parlais un peu turc avant de t’y installer non?

M: Oui en fait vivre en Turquie était un vieux rêve. A 19 ans, j’étais partie en vacances avec des amis à Kusadasi, une station balnéaire turque qui ne paye pas de mine mais… en arrivant, j’ai eu un puissant sentiment de déjà-vu. Les gens, le paysage, la cuisine, les panneaux de signalisation, la langue… tout me disait quelque chose. Alors que c’était la première fois que je mettais les pieds dans ce pays!

S: Comme si tu y avais vécu dans une autre vie!

M: Oui, ça paraît fou mais il n’y a pas d’autre explication! (rires) A partir de ce jour là, je n’ai plus pu me sortir la Turquie de la tête. J’y suis retournée très souvent pour les vacances et j’y ai même travaillé, pendant un mois, comme animatrice dans un hôtel. J’avais besoin d’être dans ce pays parce que je m’y sentais bien. Je me disais toujours qu’un jour, je partirais à Istanbul pour trois mois et j’y apprendrais la langue. C’est ce que j’ai fini par faire fait 8 ans plus tard.

S: Finalement tu es partie pour 3 mois et tu n’es jamais revenue.

M: Exactement. A l’aéroport, ma famille et mes amis m’ont dit: « dis, tu reviens hein? » mais je savais que je reviendrais pas. A mon arrivée, je parlais un peu le turc. Je comprenais 3-4 mots dans chaque phrase ce qui n’est pas assez pour comprendre la phrase en entier (rires). Avant mon départ, j’avais suivi des cours du soir pendant un an en Belgique pour apprendre le turc, surtout la grammaire de base et puis j’ai pris quelques cour privés avec des copines turques pour apprendre à « parler comme les vrais » et pas comme un livre.

S: Effectivement c’est super important et ça fait toujours son petit effet avec les natifs quand on utilise des expressions typiques. Comment t’es tu faite à la grammaire turque? J’ai cru comprendre qu’elle est très différente de la grammaire française, non?

M: Oui. La grammaire turque n’est pas facile. Il y a des déclinaisons comme en latin, les pronoms personnels sont intégrés au verbe… mais finalement, j’ai intégré assez vite. Le turc est ma cinquième langue et plus on en parle, plus vite on apprend!

S: Cinquième! Mais alors tu es comme Roberto mon pote mexicain, une boulimique des langues!Quelle langues as-tu à ton « tableau de chasse » pour le moment?

M: Le français, le néerlandais, l’anglais, l’espagnol et le turc.

S: Jolie brochette! Tu dis que le turc a été assez facile pour toi. Tu n’as eu des petits moments de découragement quand même? Mon expérience m’a montré que les baisses de motivation c’est le problème n°1 quand on apprend une langue.

M: Oui bien sûr! A certains moments, je parle super mal, j’ai l’impression de régresser. Je pense que c’est typique dans l’apprentissage d’une langue, ça fonctionne par cycles. La régression est toujours suivi d’un énorme bond en avant.

S: Oui en effet j’ai cette impression aussi, comme si la langue était dans un cocon avant de redevenir un papillon. Donc pour les lecteurs: il ne faut jamais se décourager, les phases de régression servent à reculer pour mieux sauter!

M:C’est tout à fait ça. Pour la petite histoire, il y a deux ans, j’étais rentrée 1 mois en Belgique. Je pensais qu’à mon retour, mon turc allait être catastrophique. En fait, ça a été tout le contraire! Je parlais mieux qu’avant mais en plus, j’utilisais de la grammaire que je n’avais jamais utilisée avant. C’était impressionnant! Comme si le cerveau avait besoin d’un temps de repos complet pour pouvoir assimiler les informations.

S: Oui c’est exactement ça. Il y a aussi la fatigue qui joue pas mal quand on a un coup de moins bien en langues. On cherche des mots simples, on fait des fautes qu’on ne ferait jamais si on était en forme.

M: Tout à fait. Comme tu dis, la fatigue joue un grand rôle aussi. Passé une certaine heure, mon cerveau se ferme et je n’arrive plus à suivre les conversations.

S: Roberto nous confiait qu’il a développé au fil du temps une forme de méthode intuitive qu’il utilise pour chaque langue. C’est aussi ton cas?

M: Non, je n’en ai pas. Le néerlandais, je l’ai appris quand j’étais petite (mes parents, Belges francophones, ont eu l’excellente idée de me mettre à l’école en néerlandais, de mes 3 à 12 ans).

S: Ah oui c’est amusant ça, j’ai entendu que les flamands reprochent souvent aux wallons de ne pas faire d’efforts avec la langue.

M: Oui les francophones en général sont un peu fainéants au niveau des langues, alors que les flamands, eux, sont motivés et hyper doués.
Plus tard, à l’école, j’ai appris l’anglais. Ça a été très facile pour moi parce que c’est un peu un mélange entre le français et le néerlandais.

S: Eh oui, plus on connait de langues, plus cela devient facile d’apprendre, surtout si elles sont proches!

M: Tout à fait. Pareil pour l’espagnol, que j’ai également appris à l’école et qui se rapproche du français. J’ai perfectionné l’anglais et l’espagnol avec des cours par la suite et ensuite avec mes amoureux (un mi-Paraguayen pour l’espagnol pendant 7 ans et un anglophone maintenant). Quant au turc, c’est vraiment la langue la plus difficile que j’ai apprise. Je dis toujours qu’en français, néerlandais, anglais et espagnol, on peut se débrouiller avec un dictionnaire. En turc par contre, ça ne marche pas.

S: Oui c’est une langue agglutinante, non?

M: M: Exactement, une langue à suffixes et agglutinante. Exemple: « Tom a quitté la gare il y a une heure » se dit « Tom bir saat šnce tren istasyondan ayrildi ». Si je fais une recherche dans un dictionnaire, je ne trouverai pas le mot « istasyondan » dans le dico. C’est parce qu’à istasyon a été ajouté le suffixe « dan ». Celui-ci indique l’origine du mouvement pour dire il vient DE la station.

S: Je vois exactement ce que tu veux dire, c’est pareil en japonais. En fait beaucoup de gens l’ignorent mais les langues sont liées, elles appartiennent à la famille des langues altaïques avec le coréen, le mongol, le turkmène, etc.

Pour ne pas trop perdre dans une langue, il faut pratiquer régulièrement et au delà de 5 langues ça devient dur de trouver du temps pour toutes! Comment tu fais toi?

M: Moi je pratique tous les jours trois langues: le français, le turc et l’anglais (mon copain est mi-Turc mi-Chypriote turc mais il a grandi en Angleterre donc sa langue maternelle est l’anglais). Je pensais qu’en vivant en Turquie je perdrais mon néerlandais mais j’ai fini par trouver une colocataire hollandaise. A cette époque-là, je parlais quatre langues tous les jours. Je les entretiens donc bien.

S: J’espère que les lecteurs font bien gaffe à ce que tu dis parce que ce que tu fais c’est vraiment parfait! Il faut se créer un maximum d’occasion de parler la langue.

M: Évidemment quand on parle plusieurs langues, il y a des effets secondaires. J’ai la mauvaise habitude de mélanger plusieurs langues dans une conversation. Déjà petite, je plaçais des mots en néerlandais dans des phrases en français. Parfois, un mot me venait plus rapidement dans une autre langue et comme mes amies étaient bilingues aussi, c’était pratique. Aujourd’hui je continue à faire pareil en mélangeant l’anglais et le turc.

S: Il m’arrive la même chose avec l’allemand quand je parle français sauf que mes interlocuteurs ne sont pas bilingues eux (rires). Pour le mot de la fin, si tu pouvais connaitre une langue là maintenant tout de suite, laquelle te tenterais le plus?

M: Le portugais du Brésil! J’apprendrais la langue très rapidement d’ailleurs, grâce à l’espagnol. Il y en a plein d’autres qui me tentent: l’italien, le norvégien, le finnois, le japonais, l’iranien… Mais quand me vient cette idée, je tempère mes ardeurs en me disant: « Melo, non, perfectionne plutôt les langues que tu connais déjà! » (rires)

S: Eh oui, quand on a attrapé le virus, c’est difficile de s’arrêter. ;)

 

Les points à retenir de cet entretien (les takeaways comme on dit en anglais):
 

  • Parler avec des natifs tôt dans l’apprentissage est primordial!
  • Apprendre une langue proche de sa langue maternelle fait gagner un temps fou!
  • Il ne faut pas se décourager quand on a l’impression de régresser, c’est souvent bon signe. « Reculer pour mieux sauter ».
  • Plus vous parlerez de langues, plus les suivantes seront faciles à apprendre! Même si elles n’ont rien à voir entre elles, le cerveau acquiert une certaine plasticité, c’est un cercle vertueux!
  • Il faut protéger son environnement (linguistique): créez-vous les occasions de pratiquer régulièrement vos langues pour ne pas vous rouiller!
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    Vous avez aimé? Détesté? Vous êtes d’accord? Pas d’accord? N’hésitez pas à participer à la discussion dans les commentaires ou à rendre visite à Melody sur son blog Istanbulle!

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