Qu’est-ce qu’une langue facile ? Qu’est-ce qu’une langue difficile ? Eh bien ça dépend. Pas de la météo ou de mon humeur, non, mais principalement de ta langue maternelle.

Aucune langue étrangère n’est simple ou difficile dans l’absolu, elle l’est de ton point de vue de locuteur natif du français. Cette langue maternelle a formaté ton rapport au langage et ta façon de penser. J’insiste toujours là dessus quand on me demande si telle ou telle langue est compliquée à apprendre.

Il y a un certain nombre d’aspects qui peuvent représenter une difficulté dans ton apprentissage, passons les en revue :

  • la structure générale de la phrase : autrement dit l’ordre des mots et leur agencement.
  • le vocabulaire: sa taille, le nombre de langues dont il est tiré, sa parenté avec celui de ta langue
  • la prononciation: accents toniques, diphtongues, tons, clics, mélodie de la phrase, etc.
  • les conjugaisons : pas besoin de te faire un dessin.
  • les déclinaisons : imagine qu’un mot ait des tas de formes différentes selon son rôle. Sujet, complément, etc.
  • le genre des noms : le soleil, la lune, la table etc.
  • le système d’écriture : alphabet, syllabaire, idéogrammes ?
  • les niveaux de politesse : tu t’exprimes différemment selon la personne à laquelle tu t’adresses
  • les irrégularités, exceptions : oh, les beaux chevals!

Pour chacun de ces points, tu ne pars pas vraiment de 0. Selon ta langue cible, tu pars plutôt en positif ou en négatif. Reprenons point par point ces différents aspects avec les forces et les faiblesses que nous donne le français.

  • la structure générale de la phrase : le français est une langue de type sujet-verbe-objet (SVO). Paul mange une pomme. De ce coté là pas de problèmes en vue avec des langues comme l’anglais, l’espagnol ou le mandarin. Le japonais, lui, c’est (SOV) : Paul pomme mange. Cela prend un peu de temps d’habituer ton cerveau de français à mettre le verbe à la fin. En allemand les verbes sont rejetés à la fin dans les relatives. Parler l’une des deux langues permet de s’habituer 100 fois plus vite aux structures de l’autre.
  • le vocabulaire : les plus faciles sont les langues romanes car elles partagent un nombre énorme de mots apparentés. Espagnol, italien, portugais. Ensuite vient l’anglais qui nous en a piqué emprunté beaucoup, puis l’allemand ou le hollandais. Pour les autres langues comme le mandarin, le japonais, le coréen, le thai ou le swahili, c’est toujours pareil. Pas d’origine communes = tout à réapprendre intégralement (sauf pour les emprunts récents à l’anglais, si tu parles anglais).
  • la prononciation : la langue française est sous-équipée en la matière. Gros défi pour nous du coup. A part le japonais qui est aussi monotone (pour faire simple), nous aurons des difficultés avec toutes les langues, surtout les tonales comme le mandarin, le cantonais, le vietnamien, le thai.
  • les conjugaisons : En tant que français tu es habitué à du très compliqué et donc tu pourrais croire que les conjugaisons espagnoles ou italiennes vont être du gâteau. Le problème c’est qu’elles sont aussi compliquées mais différentes, donc tu n’y gagnes quasiment pas à être français. Dans ce domaine là, la simplification paye toujours : anglais, langues germaniques ou encore mieux japonais : pas de je, tu, il, etc, deux temps (accompli/non accompli), 3 verbes irréguliers. Le rêve!
  • les déclinaisons : langues coupables = allemand, russe, tchèque, polonais, islandais, finnois etc. Difficile à appréhender dans les premiers temps mais avoir appris une langue à déclinaison permet de gagner du temps avec la suivante. Petite consolation : même en tant que Français, on ne part pas plus désavantagé qu’un locuteur natif d’une langue à déclinaisons. Je vois ça souvent avec les Allemands qui apprennent le russe. La plupart ne savent pas comment fonctionnent les cas de leur propre langue. Ils les utilisent, point. Du coup ils sont aussi perdus que toi.
  • le genre des noms : le soleil, la lune, la table etc. Crotte, en allemand c’est exactement l’inverse. La soleil, le lune, le table. Il faut obliger ton cerveau à ne plus associer un mot et son genre en français, parfois difficile de se retenir, surtout quand tu es fatigué. En anglais ou en japonais pas de problème, il n’y a pas réellement de genre : soleil, lune, table. Après il y a les langues comme le russe, où la terminaison du mot t’indique son genre. Différent mais tout de même pratique.
  • le système d’écriture : les langues utilisant l’alphabet romain sont tes amies. Légèrement plus dures : alphabet cyrillique, coréen, arménien, géorgien, thai, hindi etc. Beaucoup plus dures : Idéogrammes comme en chinois ou en japonais
  • les niveaux de politesse: En anglais il n’y en a pas, you, you, super ! La plupart des langues ont un système similaire au notre (tutoiement/vouvoiement) plutôt simple. Le coréen et le japonais quant à eux, te préparent un bon mal de tête (niveaux multiples, vocabulaire spécifique).
  • les irrégularités, exceptions : ça tu n’y couperas pas et ta langue maternelle ne t’aidera pas. Que ce soit dans les conjugaisons, la manière de former le pluriel, la manière de compter, le placement de l’accent tonique, etc, toute langue en est truffée (à part l’esperanto, qui a justement été conçu pour résoudre ce problème, mais demeure sous-utilisé).

Qu’en conclure ?

  • Que pour toi les langues romanes seront les plus simples, suivies par l’anglais.
  • Maitriser une seconde langue est un atout extraordinaire pour en apprendre une troisième. Tu peux réutiliser tes stratégies d’apprentissage, tes nouveaux réflexes pour la construction des phrases et les déclinaisons et éventuellement du vocabulaire commun entre la langue 2 et la langue 3.
  • Que des langues réputées très difficiles comme le chinois ou le japonais le sont beaucoup moins que ce que tu crois par beaucoup d’aspects.

crédit photo : © Monalyn Gracia/Corbis

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