J’écris cet article dans le Paris-Berlin qui me ramène à la maison et je profite de l’occasion pour revenir sur mes premiers pas en allemand.

Ma meileure leçon d’allemand

grenzenlos
Je me rappelle encore très bien de mon premier cours d’allemand. J’étais haut comme trois pommes et je venais de rentrer en 6ème. Je me rends compte en écrivant ces lignes que c’était il y a 15 ans et comme en plus on est dimanche soir, je sens comme une légère envie de déprimer poindre à l’horizon. Mais passons.

Donc comme je le disais, j’étais haut comme trois pommes et j’avais une prof ma foi très sympathique, ce qui, chez les profs d’allemand, est suffisamment rare pour être souligné (je plaisante, bien entendu).

Je me rappelle étonnamment bien des premières leçons. Il y était question de cochons d’Inde disparus, de vacances, de bronzage, de robes à volants et d’échange de sandwichs à la pause de 10h (si vous êtes nés dans les années 80 ça vous dit probablement quelque chose, ces bouquins s’appelaient « Grenzenlos »).

Ces premières leçons étaient constituées de petits dialogues mettant en scène des situations de la vie de tous les jours. Aujourd’hui encore, le vocabulaire reste gravé dans ma mémoire. Je pourrais même vous ressortir des passages entiers, signe que ces dialogues, pourtant banals en apparence, m’ont marqué de manière indélébile.

Coincidences

Bizarrement, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul à m’en rappeler si bien. En discutant avec d’autres germanisants de ma génération, j’ai réalisé qu’ils se souvenaient presque tous du vocabulaire de ces leçons, même ceux incapables de former la moindre phrase dans la langue de Goethe aujourd’hui.

Ça par exemple ! Des leçons tellement efficaces que 15 ans plus tard, tout le monde s’en souvient encore. Qu’avaient-elles donc de si magique, ces leçons ? Intrigué, j’ai bourré ma pipe et appelé ce bon Watson pour m’aider à percer la clé de ce mystère.

L’enquête

Première piste : ces dialogues étaient vivants et les voix étaient crédibles (c’est une tradition en Allemagne où des acteurs très connus prêtent volontiers leur voix pour des livres audio ou des visites guidées). Grenzenlos n’est pas la seule collection dans le genre, Assimil fait des choses très bien en la matière aussi.

Mais alors pourquoi est-ce que je ne me rappelle pas des dialogues du bouquin Assimil ? Si ce n’est pas le matériel, où est le problème ? Il n’y a qu’une explication possible : la manière d’utiliser le matériel ! La prof nous faisait écouter le dialogue plusieurs fois mais surtout elle nous forçait à l’utiliser de manière active.

On commençait par jouer les différents rôles en classe et puis on devait réécrire le dialogue pendant le contrôle. Ce qui supposait qu’on devait le répéter plusieurs fois à la maison avant.

Le dénouement

clé du succès
C’est ça la clé ! Je crois avoir dit dans un autre article qu’une des clés de la mémorisation était la répétition, car elle faisait savoir au cerveau que l’information était digne d’être stockée.

Eh bien utiliser soi-même ce qu’on vient de voir en est une autre. Et en combinant les deux, on obtient un des outils les plus puissants en langues.

Vous allez me dire, qu’elle est l’intérêt de connaitre des phrases par cœur ? Eh bien cela fournit un squelette autour duquel étendre sa connaissance de la langue.

Cela donne aussi des réflexes. Dites vous que toute phrase apprise par cœur, c’est autant de formes conjuguées, de déclinaisons et de structures de phrase internalisées sans avoir à apprendre des règles ou de stupides tableaux.

Par exemple, si en allemand tu apprends par cœur la phrase « ich wollte, dass du dem Hund den Ball gibst » (je voulais que tu donnes la balle au chien) tu as appris sans le savoir :

  • comment former le prétérit en allemand
  • la deuxième personne du singulier du verbe irrégulier geben
  • que dans les relatives commençant par dass, le verbe est rejeté à la fin
  • qu’en allemand on dit « que je donne au chien la balle » et pas « que je donne la balle au chien »
  • la forme dative de chien
  • la forme accusative de balle

Tout ça avec une seule phrase ! Alors, il vaut mieux apprendre des tableaux et des règles que tu auras oubliées 5 minutes après avoir fermé le bouquin ou avoir des exemples concrets qui te rappellent tout ça d’un coup d’œil ?

J’ai comme mon idée de la réponse…
 
Cet article est en fait une sorte d’introduction à l’interview de Luca, que j’ai eu l’immense plaisir d’interroger ici-même. Luca est un des polyglottes les plus doués de notre génération. Ce natif de Rome parle 10 langues et est un des rares à avoir théorisé les raisons de son succès. Il a développé au fil du temps sa propre méthode, appelée « full circle » (cercle complet). Quand vous la lirez, vous comprendrez mieux le lien avec cet article. En tout cas ne la ratez pas, c’est par ici ! ;)

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0.0/10 (0 votes cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: +1 (from 1 vote)